Chaque hiver, les carnavals du Pays Basque, appelés Ihauteriak, rassemblent habitant-es et visiteur-ses autour de traditions profondément ancrées dans le territoire. Personnages mystérieux, costumes spectaculaires, cloches, musique et défilés : ces fêtes animent villages et villes des deux côtés de la frontière.
Bien plus qu’un simple moment festif, le carnaval est un patrimoine vivant, transmis de génération en génération. Habitant-es, artistes et associations perpétuent ces traditions tout en leur donnant de nouvelles formes.
Dans cet esprit, KiLiKA, compagnie de marionnettes géantes, rejoint régulièrement les cortèges pour partager avec le public des moments de jeu, de surprise et de rencontre.
Mais pour comprendre l’esprit du carnaval basque, revenons à ses origines.
Les carnavals basques : une tradition ancestrale
Les carnavals du Pays Basque plongent leurs racines dans d’anciennes traditions, bien antérieures au christianisme, destinées à éloigner les mauvais esprits et à marquer la fin de l’hiver, avec le retour du printemps et le renouveau de la nature.
Dans les rues apparaissent alors des personnages singuliers. Certains incarnent l’ordre, d’autres le désordre ; certains font rire, d’autres impressionnent. Ensemble, ils transforment le village en véritable théâtre à ciel ouvert.
Parmi les figures emblématiques, on retrouve :
- Les Joaldunak, porteurs de cloches qui parcourent les villages en cadence. Leurs sonnailles résonnent et symbolisent le réveil de la nature après l’hiver.
- Zirtzil, personnage espiègle qui aime semer le désordre dans les cortèges.
- Zanpantzar, figure de bouc émissaire accusée de tous les maux de la société, traditionnellement jugé et brûlé à la fin des festivités.
- Hartza/Artza, accompagné de son montreur et souvent tenu en laisse, il incarne le monde sauvage et sa présence met en scène un rapport de force entre l’homme et la nature.
En Soule, les mascarades : un carnaval itinérant
En Soule, le carnaval prend une forme bien à part avec les mascarades souletines (Xiberoko maskaradak) : un carnaval itinérant, porté chaque année par une bande de jeunes, qui circule de village en village, généralement de début janvier à fin avril. La troupe met en jeu l’opposition des « Rouges », plus proches de l’ordre, de la danse et de la virtuosité, et des « Noirs », du côté du désordre, du chahut et de la satire ; la journée alterne défilé, danses, chants, saynètes et échanges avec les habitants. Parmi les figures emblématiques, on peut citer Zamaltzain (le danseur-cheval) ou encore Entseinari (le porte-drapeau), au cœur du cortège.
Pour aller plus loin et découvrir les personnages du carnaval basque à travers les sept provinces, cet article de Mediabask dresse le portrait de 14 figures, avec les éclairages de l’anthropologue Aitzpea Leizaola et les illustrations d’Amaia Carrere :
https://www.mediabask.eus/eu/info_mbsk/20260228/les-personnages-du-carnaval-basque
Plusieurs chercheurs ayant étudié les traditions basques, comme Claude Labat ou Juan Garmendia Larrañaga, soulignent l’importance de ces fêtes dans la vie sociale des villages.
Aujourd’hui, les carnavals continuent d’évoluer. Fanfares, chars, spectacles de rue et marionnettes géantes viennent enrichir les défilés, créant une rencontre vivante entre patrimoine et création contemporaine.
KiLiKA : les marionnettes géantes au cœur des carnavals
Depuis plusieurs années, KiLiKA participe à de nombreux carnavals et événements festifs au Pays Basque. Les marionnettes géantes de la compagnie apparaissent tour à tour, chacune avec son histoire et le message qu’elle porte.
Parmi elles :
- Mendi, jeune berger au cartable d’où dépasse un petit agneau, avance avec douceur au milieu de la foule et rappelle avec tendresse le lien ancien entre les habitants du Pays Basque, leurs montagnes et leurs troupeaux.
- Maria, la Kaskarot, figure fière et imposante toujours prête à rejoindre la danse, fait vivre la mémoire du peuple kaskarot et incarne un pont entre une communauté longtemps marginalisée et le reste de la société.
- Bahaur, à mi-chemin entre le Tartaro et le Basajaun de la mythologie basque, impressionne par sa grande taille et son allure sauvage, jouant le rôle du géant qui aime provoquer, surprendre et faire frissonner le public.
- Lizun, inspirée des Laminak de la mythologie basque, se faufile entre les spectateurs et rappelle avec malice que la nature et la sagesse qu’elle porte restent un trésor à préserver.
- Hartza, création inspirée de la figure de l’ours, avance puissant et indompté, rappelant la présence du monde sauvage et invitant à réfléchir à la place de l’homme dans les territoires qu’il habite.
Ces personnages déambulent au milieu du public, improvisent des scènes et créent des rencontres spontanées avec les spectateurs.
On peut les croiser dans de nombreuses villes et villages du Pays Basque : Bayonne, Hendaye, Bidart, Biarritz et bien d’autres encore.
Le carnaval devient alors un terrain de jeu idéal. Les enfants suivent les géants, les adultes sourient à leurs facéties, et chaque défilé se transforme en spectacle vivant à ciel ouvert.
Mais derrière les rires et les couleurs, le carnaval peut aussi porter un regard critique sur la société.
Quand le carnaval devient satire
Le carnaval est aussi un moment où l’on peut dire les choses autrement.
L’anthropologue Julio Caro Baroja écrivait que
« Le carnaval est une fête où la société se regarde elle-même dans un miroir déformant ».
Le philosophe Mikhail Bakhtin a également décrit le carnaval comme un moment de renversement symbolique de l’ordre social, où la satire et la dérision permettent d’exprimer ce qui reste habituellement tu.
Pendant quelques heures, les rôles s’inversent : les puissants deviennent des caricatures, les situations absurdes sont poussées à l’extrême et l’actualité peut être tournée en dérision.
Au Pays Basque, cette tradition de satire populaire fait pleinement partie de l’esprit des carnavals. Les cortèges s’inspirent souvent de ce qui anime la vie locale : décisions politiques, projets contestés ou événements marquants peuvent devenir des scènes rejouées dans la rue ou lors du procès de Zanpantzar.
Sous les masques et les costumes, l’humour devient alors une manière de faire passer des messages.
Des carnavals toujours en mouvement
Chaque année, habitants, associations, musiciens et artistes participent à les faire évoluer. Dans certains villages, les costumes et les rôles sont transmis avec fidélité ; ailleurs, de nouvelles formes apparaissent : fanfares, chars, spectacles de rue ou créations artistiques.
C’est sans doute cette capacité à mêler héritage et invention qui fait la vitalité des carnavals basques aujourd’hui.
Et chaque hiver, les rues se remplissent à nouveau de personnages, de rires et de musique. Au détour d’un cortège, il n’est pas rare de voir surgir une marionnette géante, rappelant que le carnaval reste avant tout un espace de fête, d’imaginaire et de partage.
Vous organisez un carnaval ou un événement festif au Pays Basque ?
Les marionnettes géantes de KiLiKA peuvent rejoindre votre défilé et apporter une touche de poésie à votre événement.
Vous avez une histoire à raconter ?
Créons ensemble, avec les habitant.es, votre propre marionnette dite “symbole” parce qu’elle est avant tout un “médian” culturel et artistique par lequel vous transmettez un récit collectif.