Bidartean. À la croisée des chemins.
C’est joli comme point de départ, non ? Parce qu’à Bidart, les chemins se croisent depuis longtemps. Ceux de la terre et de la mer, des habitants et de ceux qui passent, des anciens et de ceux qui arrivent, de ce qu’on hérite et de ce qu’on invente.
Et finalement, Haizea est un peu née là, elle aussi : à la croisée des chemins.
Il y a un an, alors qu’elle sortait à peine de l’atelier, nous racontions ici la naissance de cette marionnette géante et les ateliers participatifs menés à Bidart. Des enfants du Conseil municipal, les élus à la Culture, le service Culture de la Ville, des habitants et notre compagnie avions travaillé ensemble pour imaginer et fabriquer cette drôle de figure.
Nous parlions alors d’innovation sociale, de création collective, de transmission. Et nous terminions l’article par ces mots : « L’histoire continue de s’écrire. »
Un an plus tard, c’est justement cette suite qui nous intéresse.
Haizea existe maintenant. Elle ressort au fil des rendez-vous du village, on la reconnaît, on danse avec elle. Elle commence même à se glisser dans ces petits montages « Souvenirs » que nos téléphones fabriquent pour nous. 😉
Alors une autre question apparaît : que devient une œuvre lorsqu’elle quitte celles et ceux qui l’ont imaginée pour commencer à vivre au milieu des autres ?
Et c’est peut-être là que commence la partie la plus intéressante de ce projet. On l’avoue, on regarde tout ça avec beaucoup de curiosité.
Dans Haizea, il y a plusieurs Bidart à la fois
Pour comprendre Haizea, il faut quand même rappeler rapidement son histoire.
Au centre, il y a Henri, un grand-père qui porte sa petite-fille Amaya sur ses épaules et lui raconte son village. L’image est simple, mais elle dit déjà presque tout de ce que nous voulions mettre en mouvement : une génération qui transmet quelque chose à la suivante, sans lui demander de rester à la même place.
Amaya écoute les histoires d’Henri. Elle regarde depuis ses épaules, donc depuis ce qui la précède, mais elle regarde déjà plus loin que lui. Elle fait de la danse basque. Et elle est surfeuse.
Pourquoi faudrait-il qu’elle choisisse entre les deux ?
C’est justement ce qui nous intéressait dans Haizea : ne pas fabriquer l’image d’un Bidart figé dans une époque idéale. Parce que lequel faudrait-il choisir ? Le Bidart agricole ? Celui de la pêche et de la chasse à la baleine ? Celui des fermes et des frontons ? Celui des premières générations de surfeurs ? Celui des enfants qui grandissent ici aujourd’hui ?
Tous existent.
Alors Haizea mélange les époques. On y trouve une chistera, un makhila, un sac de randonnée, un chien de berger, entre mémoire rurale et compagnon familier des enfants d’aujourd’hui… , la danse, le surf… Pas pour dresser l’inventaire d’un « folklore local », mais parce qu’un territoire vivant est justement fait de plusieurs couches, plusieurs histoires et plusieurs usages qui continuent à cohabiter.
On peut fabriquer une marionnette-totem. Pas l’attachement.
Certains pourraient regarder Haizea comme une sorte de mascotte de Bidart. Après tout, elle est grande, immédiatement reconnaissable, Henri est assez photogénique et l’ensemble plutôt difficile à rater lorsqu’elle traverse la place Sauveur Atchoarena .
Mais une marionnette-totem n’a d’intérêt que si quelque chose se passe ensuite autour d’elle.
On peut passer des mois à imaginer une marionnette géante, lui dessiner un visage, inventer son histoire, construire sa structure, l’habiller. Mais il y a une chose que nous ne savons pas fabriquer : l’attachement.
On ne peut pas décider à la place des habitants qu’Haizea deviendra « leur » marionnette. On ne peut pas décréter qu’un personnage appartient désormais à l’imaginaire collectif.
Ça, éventuellement, le temps le dira.
Alors nous observons plutôt les petits signes. Est-elle attendue lorsqu’elle revient ? Les enfants la reconnaissent-ils ? Les habitants connaissent-ils son histoire ? Danse-t-on avec elle ? On en a quelques preuves, oui. 😏 Fait-elle lever quelques centaines de téléphones lorsqu’elle traverse la place ? Manifestement aussi.
Et surtout : commence-t-elle à rejoindre les souvenirs que l’on associe aux fêtes de Bidart ?
Cette partie-là ne nous appartient déjà plus complètement.
Quand l’œuvre commence à échapper à ses créateurs
Une fois dans la rue, une œuvre rencontre des personnes qui n’ont assisté à aucun atelier, qui n’ont lu aucun dossier et qui ne connaissent parfois absolument rien de son histoire.
Et c’est très bien comme ça.
Certains trouvent Henri drôle, d’autres attachant. D’autres encore sont impressionnés par la taille de la marionnette. Un enfant veut savoir qui est la petite fille perchée tout là-haut. Une personne âgée danse avec elle. Quelqu’un se demande ce qu’elle représente. Un visiteur veut simplement savoir qui est cet étrange personnage.
Finalement, chacun entre dans l’histoire par un endroit différent.
Et peu à peu, d’autres souvenirs viennent se poser sur ceux que nous avions imaginés. C’est sans doute à cet endroit qu’une création artistique commence à changer de statut : elle n’est plus seulement ce que ses auteurs ont voulu dire, elle devient aussi ce que les autres vivent avec elle.
Alors oui, un symbole collectif ne se décrète pas. Il se construit certainement à force de sorties répétées, de rencontres, de fêtes, de récits et de petits souvenirs qui s’ajoutent les uns aux autres et transmis de générations en générations..
Peut-être qu’au fond, Haizea restera toujours là : à la croisée des chemins.
Les histoires de marionnettes-totems vous intéressent ? Découvrez aussi l’histoire d’Ana, la marionnette géante de Ciboure.